L’oraison d’un feu follet

Skriber | Musique

Il y a, dans cette nouvelle génération d’auteurs, compositeurs et interprètes français, des rêves d’engagement bien plus que de conquête. Et il y a aussi, dans les expériences nourrissant leurs gammes et leurs rimes, une conception de l’autre et du temps semblant vouloir revenir à l’origine. À cette époque où l’on ne travestissait pas, où les Artistes disaient les choses. Et durant laquelle cette approche suffisait à se faire entendre. Sans surcouche, sans parti pris, sans être aveuglé ni faire la sourde oreille. Il y a, dans cette nouvelle génération d’auteurs, compositeurs et interprètes français, un espoir de vivre autre chose. Comme en témoigne Château Forte.

Auprès de Clément, un musicien parisien à la trentaine un peu entamée, Loly-Lý tricote ses vers à la manière d’une faiseuse de comptines pour adultes. Elle a seulement 26 ans, mais sa voix tout comme sa gravité la trahissent. Ainsi, derrière son allant, on distingue une femme voyageuse, sensible, à la nostalgie bagarreuse. C’est à l’âge de quatre ans qu’elle connaît son premier grand émoi musical lors d’un concert classique. La gamine est hypnotisée par les violoncellistes de l’orchestre. “J’avais l’impression que leur archet était accroché à leur corps. La structure de l’instrument m’étonnait.” Elle en fait son instrument fétiche trois ans plus tard. La voix, elle, viendra après, au Conservatoire non loin de Montreuil. Solfège et chant lyrique rythment son quotidien jusqu’au Bac.

Château forte : retrouver le temps

Château Forte, c’est aussi un souvenir qu’on a su garder bien vivace. La voix de Lola-Lý, toujours, faisant résonner les paroles de sa prof de chant de son collège. “Elle nous expliquait que si nous voulions monter haut, il fallait savoir aller dans les graves. Naturellement, j’ai une voix assez grave quand je parle. Du coup, je n’ai pas trop de difficulté à y aller. Mais c’est avant tout un vrai plaisir pour moi. Et ce, même si je suis soprane en réalité. J’ai toujours l’impression de faire un peu du violoncelle quand je descends dans les graves.” La voix de Lola-Lý, encore, en écho à celle d’une Patricia Kaas ou d’une Catherine Ringer.

Sa petite voix, enfin, trottant dans son esprit dans les rues de Porto Alegre au Brésil. Dans cette nuit amoureuse, il y a trois ans, elle reprenait le chemin de la musique et de l’écriture. Elle écrivait les lignes de Tombe encore, le second single de Château Forte dévoilé le 3 juin dernier. Et ce, après moult tumultes intérieurs et un Clément aux abois tant la chanson était belle. Allant jusqu’à repasser dessus pour tenter de convaincre la belle de la partager avec le plus grand nombre. Il fit bien, très bien même. Dans un clair-obscur tendre et fascinant, la chanson nous fait passer des bras de cet amant qu’on aimerait à nouveau avoir à nos côtés. À ces proches qui nous ont quittés. Entre amour et mort, les sentiments se réveillent, les poils se dressent. Et la vie, dans son entièreté, retrouve toute sa noblesse.

Un grand merci à Skriber pour ce portrait !

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